L’écotoursime séduit depuis quelque temps les défenseurs de l’environnement. Comment contribuer à préserver la nature tout en laissant entrevoir la possibilité de créer des emplois ? Par quels moyens peut-on réduire le taux de chômage des jeunes issus des milieux ruraux ?
Ces problématiques ont fait l’objet d’une conférence-débat intitulée “ Inclusion économique et valorisation des territoires”, organisé par le Laboratoire de l’économie sociale et solidaire Lab’ ESS, en collaboration avec la fondation Rosa Luxembourg.
Lancer son projet dans l’écotourisme est pour plusieurs jeunes promoteurs la réalisation d’un rêve. Toutefois, sur ce parcours, plusieurs obstacles sont à prendre en considération. Tel est le cas de Majdi Calboussi, vice-président et cofondateur de Tunisia Ecotourism Network, une association créée depuis décembre 2012, financée par un projet Smart Eco, une plate-forme d’un système géographique pour la commercialisation des produits écotouristiques sur l’ensemble du territoire tunisien, en 2014.
Pour lui, le problème qui se pose essentiellement est l’absence de la mise en place d’un cadre légal favorable à l’écotourisme, en soulignant : “Notre objectif principal consiste à faire un travail de renforcement de la capacité des coentrepreneurs, bien que sur le plan légal, on rencontre un vide juridique. Une loi existe bien depuis 2013, cependant sa mise en application n’a pas donné les résultats escomptés.
Il déclare: “ Notre principal objectif serait de développer les activités touristiques comme les randonnées, les escalades et autres tout en préservant la nature, mais aussi à améliorer les conditions de vie des communes locales de ces régions. Prenons l’exemple d’un touriste passager qui est pris en charge par le tour-opérateur lors de ses visites des sites archéologiques et qui, donc, ne dépense rien lors de son passage.
Il poursuit : “D’autant plus, parmi les autres difficultés, on se retrouve face à une absence de coordination entre le ministère du Tourisme et celui de l’Agriculture, au niveau de la gestion des espaces. Pour la construction de maisons d’hôtes, il faut qu’il y ait un changement de statut : transformer les terrains agricoles ciblés en terrains constructibles. Or il semble que ce ne soit pas possible, c’est l’un ou l’autre. Quant à la réponse du ministère, elle est claire : “ Nous ne sommes pas habilités à encadrer ce projet”.
Par ailleurs, Mohamed Abdelkrim, coordinateur du projet, WWf Nord Afrique, déclare: “Notre vision pour l’écotourisme serait un produit complémentaire au tourisme standard, à savoir un tourisme durable et principalement un produit qui va valoriser le patrimoine naturel et entretenir l’équité sociale pour ces régions à fort potentiel naturel”.
Il continue: « En Tunisie, on a essayé de répondre à une exigence locale, contribuer à réduire le chômage, aider les jeunes issus des zones forestières à créer une initiative économique, génératrice d’emplois. Nous travaillons dans différentes régions du Nord-Ouest allant de Sejnane à Ghardimaou. D’ailleurs, nous avons commencé le programme avec une centaine de jeunes, et voilà maintenant, ils sont une dizaine de jeunes qui sont en phase de lancer leurs propres projets. Concernant les financements, on a un appui financier d’un bailleur de fonds suisse. Mais ce qui est plus important, c’est la volonté de ces jeunes qui ont envie de réussir et qui veulent par-dessus tout changer leur vie, ce n’est pas une question d’argent. Vous savez, quand il y a la volonté, tout est possible”.
Pour Lobna Saïdi, directrice de Lab’ESS, la priorité, selon elle, est de multiplier les initiatives des projets, d’essayer de créer “un réseau entre les porteurs de projets”. Il y a vraiment un produit très diversifié dans chaque filière, mais ce qui est plus important c’est d’aller en profondeur tout en défendant les enjeux.
De son côté, Clémence Dampierre, chargée de communication de Lab’ESS, elle indique que tous les acteurs locaux, économiques se retrouvent impliqués dans le respect de l’environnement.
Elle souligne : « C’est vraiment un tourisme responsable et environnemental. L’on s’est rendu compte du nombre important d’acteurs qui mettent en place des projets touristiques. C’était une thématique peu abordée en Tunisie, qui n’est pas réglementée. Elle rencontre un vide juridique ».
Elle continue: “Personnellement, je pense que l’écotourisme connaîtra une progression. Il va se développer parallèlement au tourisme plus classique, comment faire pour voyager durablement tout en respectant la nature. Je pense en Tunisie il y a tellement des sites archéologiques, mais l’idée consiste sur la manière de visiter ces sites sans les détériorer ».
Elle conclut: “ Il y a tout un programme de sensibilisation auprès du grand public, dans un premier temps définir l’éco-tourisme, qui est sur la bonne voie et que la Tunisie se prête très bien à l’éco-tourisme. Depuis mon arrivée en Tunisie, j’ai pensé que la Tunisie se limitait à la mer et le désert mais très vite je me suis rendue compte du contraire, parce que j ai découvert des montagne vertes, des sites archéologiques magnifiques. Je pense que pour promouvoir ce secteur, il faut qu’il y ait un marketing territorial, c’est à dire comment mettre en valeur des territoires qu’on ne connaît pas et qu’on a envie de découvrir, c’est là l’enjeu principal à mon sens”.
Faciliter le partage d’expériences entre porteurs de projets d’écotourisme et parties prenantes de l’écosystème, sensibiliser à la notion d’écotourisme, identifier les principaux défis mais aussi les opportunités de la filière. Tels sont les objectifs des amoureux de la nature qui veulent avant tout créer une incitation économique en protégeant la nature.